Pendant la pandémie de COVID-19, de nombreux observateurs ont salué un « renouveau rural » accéléré, avec des citadins fuyant les grandes villes pour s’installer à la campagne, attirés par le télétravail et une qualité de vie perçue comme meilleure. Cette perception a alimenté l’idée d’un exode urbain massif, revitalisant les territoires ruraux. Pourtant, les dernières données de l’INSEE publiées en décembre 2025 sur l’évolution démographique tempèrent cet optimisme et révèlent une tendance bien plus ancienne : les zones rurales continuent de perdre des habitants, tandis que les villes et leurs périphéries restent dynamiques.
Par ailleurs, la ruée vers le littoral et le soleil se poursuis : mais ce dynamisme démographique de nouveaux arrivants, déjà bien âgés et souvent plus aisés, est-il vraiment une bonne nouvelle pour les habitants de ces territoires ?
Une perte démographique persistante en milieu rural
Selon l’INSEE, la population française (hors Mayotte) a augmenté de +0,39 % par an en moyenne entre 2017 et 2023, un rythme similaire à la période précédente (2012-2017). Mais cette croissance masque de profondes disparités territoriales. Dans les zones urbaines, la hausse est de +0,48 % par an, portée par un solde naturel positif (naissances supérieures aux décès) et des migrations internes. À l’inverse, les territoires ruraux non périurbains affichent une quasi-stagnation, avec une variation annuelle de -0,04 %, due à un solde naturel négatif de -0,46 % compensé partiellement par un solde migratoire positif de +0,41 %.
En clair, les campagnes perdent des habitants depuis des décennies, et le COVID n’a pas inversé cette dynamique : la hausse de la population est 2,3 fois plus élevée en urbain qu’en rural, contre 1,3 fois auparavant.
Les zones périurbaines, souvent, tirent leur épingle du jeu avec une croissance de +0,39 % par an, bénéficiant de la proximité des villes tout en offrant un cadre plus verdoyant et plus accessible pour les familles. Cela confirme que le dynamisme démographique reste concentré autour des pôles urbains, comme Paris, Lyon ou Marseille, où les métropoles et leurs aires d’attraction continuent d’attirer les jeunes actifs et les familles.
Des tendances régionales contrastées : déclin au Nord, ruée vers l’Ouest
Sur le plan régional, les données dessinent une carte de France divisée. Le Nord et l’Est subissent une décroissance démographique marquée : les Hauts-de-France perdent -0,03 % par an, la Bourgogne-Franche-Comté -0,05 %, tandis que le Grand Est et la Normandie stagnent autour de +0,04 % et +0,08 %. Une « diagonale du vide » s’étend du Nord-Est au Sud-Ouest, où le solde naturel négatif n’est pas compensé par les migrations, entraînant un vieillissement accéléré de la population.
À l’opposé, l’Ouest connaît une véritable « ruée » : la Nouvelle-Aquitaine gagne +0,53 % par an, les Pays de la Loire +0,65 %, et la Bretagne +0,64 %, grâce à un solde migratoire positif malgré un solde naturel faible ou négatif. Des métropoles comme Nantes, Rennes ou Bordeaux voient leur population croître de plus de 1 % par an, attirant des migrants internes en quête d’opportunités économiques et d’un cadre de vie attractif.
Le littoral : un dynamisme apparent qui cache des défis profonds
Les littoraux atlantique et méditerranéen paraissent particulièrement dynamiques, avec des hausses annuelles autour de +0,75 % près de Montpellier ou en Occitanie (+0,78 %). Mais cette carte cache une réalité plus nuancée. La croissance est largement portée par un afflux de nouveaux arrivants plus âgés, souvent des actifs en fin de carrière ou des retraités, fuyant les grandes villes pour des régions ensoleillées. Le solde naturel y est en forte chute, négatif dans de nombreuses zones côtières, reflétant une natalité en baisse nationale.
Pire, cette attractivité s’accompagne d’une hausse marquée des prix immobiliers sur le littoral, exacerbée pendant et après le COVID. Entre 2020 et 2025, les zones côtières ont vu leurs prix augmenter, entraînant une éviction des populations locales et une gentrification accélérée. Conjugué au vieillissement démographique, cela booste la demande de résidences secondaires et de services pour seniors, avec une progression des résidences services. Bien que certains marchés côtiers montrent une stabilisation ou une légère chute en 2025 dans 7 villes sur 10, l’impact à long terme reste : un vieillissement de la population (les 55-74 ans ont augmenté de 6 millions en France récente) et une pression sur les jeunes familles, qui peinent à s’installer.
Un dynamisme en trompe-l’œil : bonne nouvelle pour qui ?
En somme, ce qui pourrait passer pour un renouveau rural ou côtier n’est souvent qu’un déplacement de populations plus âgées, masquant un vieillissement structurel et une gentrification qui exclut les jeunes et les classes moyennes. Est-ce réellement une bonne nouvelle pour les habitants des territoires ruraux et littoraux ? Sans politiques ambitieuses pour booster la natalité, diversifier l’économie locale et réguler les prix immobiliers, ces tendances risquent d’accentuer les inégalités territoriales plutôt que de les résorber. Le vrai renouveau rural passera par des investissements et politiques durables, pas par un exode « éphémère et surestimé » post-pandémie.